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Patti Smith

by Beni Köhler

Certaines personnes ont beau adoré écouter de la musique, elles détestent aller à des concerts. Le déplacement, l’attente, l’ambiance, la foule, les bières hors de prix, la queue au vestiaire, les toilettes immondes des salles parisiennes, le risque de déception ne valent pas, à leurs yeux, une retransmission tranquille dans leur salon. Je comprends. Un concert, c’est à double tranchant. C’est un CD qu’on s’est passé en boucle et que le groupe massacre sur scène, parce que les arrangements sont pourris ou que le groupe est encore bourré de la veille. C’est aussi une rencontre hasardeuse qui nous fait apprécier un groupe, parce qu’il est bon sur scène et que sa bonne humeur nous éclabousse, et ce, malgré une musique enregistrée de qualité médiocre.

Pour moi cependant, aller à un concert est une expérience qui va bien au delà de la possible déception ou révélation. Aller voir un artiste en concert, c’est changer à jamais toute écoute ultérieure de sa musique, et tout l’univers imaginatif qui me lie à celle-ci.

Patti Smith, avant de la voir sur scène, j’avais l’impression de la connaître un peu. Mon adolescence avait été bercée par Horses. J’avais lu son bouquin, et vu des interviews. Déception ou révélation, j’allais voir une légende. Ouais, j’avais l’impression de la connaître déjà un peu Patricia Lee. Et pourtant, c’est en la voyant sur scène que je l’ai réellement découverte: la voir se mouvoir, pieds nus, cracher sur scène, remettre ses cheveux en place, l’entendre blaguer avec Lenny Kaye, parler de Jimmy, Janis et toutes ces autres légendes qu’elle a côtoyées. Je suis rentrée chez moi, et j’ai réécouté Horses et rien n’était plus comme avant.

Serafina Steer a bien raison, Change is Good!

Je m’en vais aujourd’hui vous suggérer de prendre le temps d’écouter la musique d’une jeune harpiste adepte de ce qu’on appelle la weird ou psyché folk. Il ne s’agit pas de l’Américaine Joanna Newsom, mais d’une Anglaise, née la même année que Joanna (1982), et au nom tout aussi original, j’ai nommé Serafina Steer.

Comme beaucoup, j’ai été initiée à la musique de Serafina via le titre Tiger de son album Cheap Demo Bad Science. Ne me demandez pas pourquoi, mais, à la première écoute de cette chanson, j’imaginais une Serafina à la chevelure longue, noire et bouclée, portant une robe victorienne blanche, en train de courir dans la forêt pour échapper à des loups-garous. Encore aujourd’hui, c’est parfois l’image qui me revient quand je l’écoute, même si je sais maintenant que son allure est tout autre. C’est que son écriture pousse à l’imagination délirante, à la rêverie transcendante.

La voir sur scène peut être en ce sens une expérience extra-ordinaire, j’ai donc très hâte d’être au 27 mars, Serafina jouera probablement son nouvel album, Change Is Good, Change Is Good, dans le cadre de la nouvelle édition du Festival Les Femmes s’en Mêlent!.

Sarah Jaffe me fait aimer le Texas

Photo par Chris phelps

A écouter Sarah Jaffe, on a l’impression que toute la misère du monde s’est abattue sur la jeune Texane. Les histoires qu’elle raconte, elle les a vécues, c’est certain. A la regarder sur scène, on a l’impression qu’elle pourrait éclater en sanglots à tout moment. Oui, elle est à la limite de la retenue Sarah. On a envie de la réconforter et de lui dire que tout ira bien. Mais nous écoutera t-elle ? Elle ne nous regarde pas en tout cas. Et jamais un regard vide ne m’aura transmis autant d’émotions. Elle ouvre à peine la bouche quand elle chante Sarah. Mais le son qui en sort et la simplicité de ses paroles me donnent plus de frissons que n’importe quelle envolée lyrique. Sarah, quand je l’écoute dans un bus, j’ai l’impression d’être dans un film qui retrace ma vie au ralenti.

Bonus Pré St-Valentin : Daytrotter nous offre 4 titres sur leur site, Clementine, Vulnerable et Two Intangibles Can’t Be Had de son premier album Suburban Nature et un nouvel EP, A Sucker for your Marketing.

Mon amour pour James Blake ne connaît aucune limite

James Blake au Off Centre Festival, Photo de Rene Passet (http://www.flickr.com/photos/passetti/)

Avec un pseudo comme le mien, ce n’était qu’une question de temps avant que je ne suggère une reprise. Originellement écrite et chantée par la canadienne Feist, The Limit to Your Love est ici totalement réinterprétée par le jeune anglais. D’une chanson légère et entraînante, teintée de mélancolie, on passe à un morceau triste pour ne pas dire déprimant, le dubstep y ajoutant un effet inquiétant.

Ne me demandez pas quelle version je préfère, tout dépend de mon humeur et du moment. Celle de Feist un samedi matin de printemps, celle de James un dimanche soir hivernal. C’est donc la voix de James Blake qui me hante dernièrement, et que je vous suggère d’écouter avec un casque audio pour un effet optimal.

Vesuvius – Sufjan Stevens : éruption expérimentale de sons improbables

Vesuvius – Sufjan Stevens

Prenez votre casque audio, lancez la chanson avec un volume bien supérieur à la moyenne et fermez les yeux. Tututut, j’ai dit, fermez les yeux.

de David Drandrako, Beacon Theater, New York, 11/2010

Oui, vous venez bien de passer 5 minutes 26 dans le paradis d’une planète qui n’existe pas encore. Vous êtes passé à côté et ne comprenez pas pourquoi j’ai choisi un extrait du nouvel album controversé de Sufjan Stevens comme premier post sur Geek de Musique? Remontez encore le son d’un cran et recommencez l’expérience jusqu’à ce que vous compreniez. L’album demande en effet une période d’ajustement, en particulier pour les fans habitués au son du banjo et à la poésie lyrique – quasi religieuse – qui ont fait connaître l’artiste. Une fois les oreilles ajustées, c’est du côté des albums de la décennie que l’on peut ranger – à mes yeux – The Age of Adz.