Patti Smith

by Beni Köhler

Certaines personnes ont beau adoré écouter de la musique, elles détestent aller à des concerts. Le déplacement, l’attente, l’ambiance, la foule, les bières hors de prix, la queue au vestiaire, les toilettes immondes des salles parisiennes, le risque de déception ne valent pas, à leurs yeux, une retransmission tranquille dans leur salon. Je comprends. Un concert, c’est à double tranchant. C’est un CD qu’on s’est passé en boucle et que le groupe massacre sur scène, parce que les arrangements sont pourris ou que le groupe est encore bourré de la veille. C’est aussi une rencontre hasardeuse qui nous fait apprécier un groupe, parce qu’il est bon sur scène et que sa bonne humeur nous éclabousse, et ce, malgré une musique enregistrée de qualité médiocre.

Pour moi cependant, aller à un concert est une expérience qui va bien au delà de la possible déception ou révélation. Aller voir un artiste en concert, c’est changer à jamais toute écoute ultérieure de sa musique, et tout l’univers imaginatif qui me lie à celle-ci.

Patti Smith, avant de la voir sur scène, j’avais l’impression de la connaître un peu. Mon adolescence avait été bercée par Horses. J’avais lu son bouquin, et vu des interviews. Déception ou révélation, j’allais voir une légende. Ouais, j’avais l’impression de la connaître déjà un peu Patricia Lee. Et pourtant, c’est en la voyant sur scène que je l’ai réellement découverte: la voir se mouvoir, pieds nus, cracher sur scène, remettre ses cheveux en place, l’entendre blaguer avec Lenny Kaye, parler de Jimmy, Janis et toutes ces autres légendes qu’elle a côtoyées. Je suis rentrée chez moi, et j’ai réécouté Horses et rien n’était plus comme avant.

Nicolas Jules, le poète amoureux

Nicolas Jules est un chanteur qui, chose de plus en plus rare aujourd’hui, chante en français. Il a sorti récemment son troisième album Shaker dans la lignée des deux précédents. Ses chansons sont empreintes d’une poésie feutrée et d’un humour décalé qui sont sa marque de fabrication.

J’ai eu la chance de faire moi-même la photo que vous voyez dans un petit bar/restaurant parisien appelé le Limonaire qui a l’habitude d’abriter des concerts où l’on entre librement. Je suis arrivé, après m’être un petit peu perdu sur le trajet, au milieu de la première partie. On ressent tout de suite en entrant l’ambiance chaleureuse et conviviale du lieu, qui avait alors pour fond sonore les cris de
mouettes que David Solinas, accompagné de Loic Manileri son guitariste, faisait pousser au public. Puis Nicolas Jules est arrivé, seul sur la scène minuscule et nous a emporté pour le reste de la soirée.
Nicolas Jules est un artiste qui sait faire vivre ses concert et créé une intimité avec son public grâce à de petites notes d’humour, et autres, entre chaque morceau. Le concert s’achève sur Shake It Montréal dont l’ultime note ne pouvait être que la dernière du concert puisqu’il l’a faite descendre dans les graves en désaccordant sa guitare. Un dernier petit mot et il quitte la scène pour revenir des « coulisses » quelques minutes plus tard fumer une cigarette devant le Limonaire. J’ai eu le droit à une courte conversation et un petit dessin sur une pochette d’album puis comme chaque chose a une fin il a bien fallu prendre le chemin du retour.

Ce fut une soirée très agréable comme j’en revivrais volontiers. S’il est en concert près de chez vous n’hésitez pas une minute, vous passerez forcément un bon moment.

Every time i listen to silly love songs… i go blind

Hootie & the blowfish - i go blind

Cowboy lover ? ... i go blind - Hootie & the blowfish

Je me demande bien combien de fois ce titre a été utilisé à la tv et au cinéma pour illustrer des scènes romantiques. Originalement, ce titre a été écrit par le groupe 54.40 mais rendu célèbre par l’interprétation de hootie & the blowfish pour la série Friends.

La version des Hootie & the blowfish est plutôt très romantique, parfait pour être confortable demain soir avec son compagnon ou sa compagne ; au contraire, la version originale de 54.40 est beaucoup plus mélancolique, spleeny même comme l’inspirent les images du clip. Alors je vous conseille si vous cherchez un titre pour déclarer votre flamme de choisir plutôt celle de Hootie & the blowfish et pourquoi pas d’autres morceaux de ce groupe comme only wanna be with you. Moment niais garanti.

Smashing Pumpkins, Never let me down again (quand les Smahing reprennent Depeche Mode!)

smashing pumpkins geek de musique

Billy Corgan de sa voix inimitable se glisse le temps de quatre petites minutes dans la peau de Dave Gahan. Pour notre plus grand plaisir, il revisite le morceau incroyable par lequel débute l’album « Music For The Masses ».
Par ailleurs, Smashing Pumpkin nous sert certainement le plus étrange de leurs clips… A vous d’en juger !

Serafina Steer a bien raison, Change is Good!

Je m’en vais aujourd’hui vous suggérer de prendre le temps d’écouter la musique d’une jeune harpiste adepte de ce qu’on appelle la weird ou psyché folk. Il ne s’agit pas de l’Américaine Joanna Newsom, mais d’une Anglaise, née la même année que Joanna (1982), et au nom tout aussi original, j’ai nommé Serafina Steer.

Comme beaucoup, j’ai été initiée à la musique de Serafina via le titre Tiger de son album Cheap Demo Bad Science. Ne me demandez pas pourquoi, mais, à la première écoute de cette chanson, j’imaginais une Serafina à la chevelure longue, noire et bouclée, portant une robe victorienne blanche, en train de courir dans la forêt pour échapper à des loups-garous. Encore aujourd’hui, c’est parfois l’image qui me revient quand je l’écoute, même si je sais maintenant que son allure est tout autre. C’est que son écriture pousse à l’imagination délirante, à la rêverie transcendante.

La voir sur scène peut être en ce sens une expérience extra-ordinaire, j’ai donc très hâte d’être au 27 mars, Serafina jouera probablement son nouvel album, Change Is Good, Change Is Good, dans le cadre de la nouvelle édition du Festival Les Femmes s’en Mêlent!.

Sarah Jaffe me fait aimer le Texas

Photo par Chris phelps

A écouter Sarah Jaffe, on a l’impression que toute la misère du monde s’est abattue sur la jeune Texane. Les histoires qu’elle raconte, elle les a vécues, c’est certain. A la regarder sur scène, on a l’impression qu’elle pourrait éclater en sanglots à tout moment. Oui, elle est à la limite de la retenue Sarah. On a envie de la réconforter et de lui dire que tout ira bien. Mais nous écoutera t-elle ? Elle ne nous regarde pas en tout cas. Et jamais un regard vide ne m’aura transmis autant d’émotions. Elle ouvre à peine la bouche quand elle chante Sarah. Mais le son qui en sort et la simplicité de ses paroles me donnent plus de frissons que n’importe quelle envolée lyrique. Sarah, quand je l’écoute dans un bus, j’ai l’impression d’être dans un film qui retrace ma vie au ralenti.

Bonus Pré St-Valentin : Daytrotter nous offre 4 titres sur leur site, Clementine, Vulnerable et Two Intangibles Can’t Be Had de son premier album Suburban Nature et un nouvel EP, A Sucker for your Marketing.

Thin Lizzy : Bébé, s’il te plait … (Moment Retro)

Phil Lynott

La mort de Phil Lynott en 1986 restera pour tous les connaisseurs l’une des plus grandes pertes du heavy metal. Le géant afro-irlandais, bassiste/chanteur de son état, était certainement l’un des auteurs-compositeurs les plus doués et les plus raffinés de sa génération. Avec son groupe, Thin Lizzy, il a apporté moultes pierres fondatrices à l’édifice encore jeune du heavy metal dans les années 1970. Alors que les formations britanniques font la course à la vitesse et à l’agressivité, les Irlandais de Thin Lizzy seront les premiers à oser le mélange du hard rock et du funk (même si Deep Purple faisait également des expériences similaires à la même époque) et surtout à réinterprêter le répertoire folk irlandais, donnant lieu à des classiques tels que « Whiskey In The Jar » (repris par Metallica) et « Black Rose » … Poésie réaliste et émotion à fleur de peau transpirent au travers du répertoire de Thin Lizzy.

Au détour de chansons plus agressives (« Jailbreak », « Cold Sweat »), il fait bon, lorsque l’on se replonge avec délice dans la carrière du groupe irlandais, de ressortir l’une de ces chansons d’amour savoureuses et émouvantes que savait pondre l’ami Lynott. Pour vous : « Baby Please Don’t Go » !

Si vous voyez par hasard sur Internet ou dans le metro des affiches pour un concert de Thin Lizzy, ne vous questionnez pas : ils n’ont pas ressucité Phil Lynott, ils ont juste reformé le groupe en 2004 avec quelques musiciens d’origine pour faire des tournées-hommages. L’intention est louable, après le résultat scénique n’est pas forcément toujours intéressant. À bientôt pour une autre chronique retro !

Beach House, douceur et classe

Beach House est un duo surprenant. En seulement quatre ans et 3 albums, ils sont parvenus à devenir un groupe incontournable de la scène indépendante. Originaire de Baltimore, cette formation franco-américaine est souvent citée dans les 10 meilleurs albums de 2010.

Le nom de leur dernier effort, « Teen Dream », détaille parfaitement le son cotonneux et rêveur d’un groupe qui se veut hors du temps. Des rythmes lents, des échos chaleureux, on peut sentir à chaque instant l’instrumentalisation millimétrée de cet album concept. « Zebra », la première chanson de l’album, est une superbe ouverture. La voix et la guitare se suivent pour finir dans une parfaite orchestration du refrain. « Walk in the park » met en valeur le timbre exceptionnel de cette chanteuse qui rappelle parfois celle de Katie Sketch, la vocaliste de The Organ. Ce n’est pas pour rien d’ailleurs que l’orgue se fait entendre sur la majorité des chansons. L’album se tient très bien dans son ensemble avec peu de chansons médiocres. La perle de ces dix titres se nomme « Real Love ». C’est une ballade sentimentale au piano littéralement transpercée par la voix de Victoria Legrand. Un chef d’œuvre